Hercule chez Omphale, Lucas Cranach
Présentation :
Ce tableau, qui mesure 120 x 84 cm, appartient à la fondation Bemberg (Toulouse). Peinte en 1537, cette huile sur toile a été exécutée par Lucas Cranach (1472-1553). Le courant artistique est la Renaissance du Nord.
Analyse :
A/ Les personnages
On peut observer, au centre de l'oeuvre, un homme. C'est Hercule, LE héros de la mythologie grecque. Assis, avachi, il arbore un sourire niais et un regard énamouré. Il file de la laine, porte un collier de perles, telle une jeune fille. Et où est passée sa massue, son attrribut traditionnel ? On dirait qu'il l'a remplacée par une petite quenouille... Pas vraiment viril tout ça ! On le coiffe même d'un turban de femme ! Une image carrément pas habituelle de ce héros dont le nom évoque d'ordinaire la puissance et la force.
Et bien... tout ceci est normal. En effet, le tableau dépeint sa liaison avec Omphale, la reine de Lydie (Asie Mineure). Eperdument épris de cette femme, celle-ci l'avait forcé à se travestir en femme et à travailler la laine. Inversant ainsi les rôles, elle avait rêvetu la peau de lion d'Hercule et s'était munie de sa massue; comme on peut le voir sur cette mosaïque du IIIème siècle de Liria (Espagne). Elle montre Hercule vêtu tel une femme et filant de la laine tandis qu'Omphale revêt la peau de Lion de Nemée et possède une massue de bois d'olivier.
Mosaïque de Liria, IIIème siècle.
Avouez-le, vous cherchez maintenant parmi toutes ces femmes de la toile laquelle est la tyrannique Omphale !
Elle est tout à droite, vêtue d'un beau velours vert; avec son sourire malicieux et son regard empli de ruse ! On dirait qu'elle nous toise, nous domine. D'ailleurs, elle occupe pratiquement toute la hauteur du tableau. Omphale tient dans sa main droite la pelote de laine, dont le fil est attaché au héros.
Les autres demoiselles que l'on peut admirer sur la toile sont les suivantes de la reine. Peintes avec des dos-nus, parées de longs colliers, elles symbolisent la concupiscence. Effectivement, selon la légende, Hercule était souvent entouré de jeunes filles débauchées. Au niveau du visage, elles ont un teint de porcelaine et des yeux en amande. Admirez-aussi leurs silhouettes minces et élancées. Vêtues d'étoffes rouges ou orangé, elles ont une sensualité et un caractère érotique prononcés. C'est tout simplement le canon de beauté inventé par Cranach, qui ne se concentre pas, comme c'était le cas à l'époque, sur les proportions parfaites.
On peut également noter la richesse des tissus et la complexité des parures, dûes au fait de l'activité de Cranach. En effet, il a réalisé pour les princes de Saxe de nombreux portraits. Ce n'est pas tout; il a côtoyé une brillante société d'humanistes et d'artistes qui lui ont permi d'introduire dans son art cette élégance raffinée.
B/ Les lieux
C'est simple, il n'y en a pas. Juste un fond sombre. On se croirait au théâtre, effet renforcé par les tons neutres de l'arrière-plan qui permet aux personnages de se détacher.
C/ Interprétation
Certains voient dans cette oeuvre une allégorie de la morale protestante. En tout cas, ce qui est sûr, c'est que l'artiste a voulu illustrer la célèbre maxime "l'amour est/rend aveugle". Ce tableau met en scène les pouvoirs dangereux des femmes, qui consistent à assujettir les hommes aveuglés par l'amour.
D'ailleurs, l'inscription en latin au-dessus des personnages nous dit " Les femmes de Lydie dictent à Hercule son travail; ce dieu subit l'ascendant de sa dame. Ainsi la nocive volupté emprisonne les grandes âmes et l'amour suave exténue les grands coeurs".
De plus, le couple de perdreaux doit être interprété comme "voilà ce qui arrive quand on se laisse aller à ses sentiments!"
Cranach dénonce donc la duplicité et la sournoiserie des femmes; tyranniques et autoritaires.